Deuxième livraison de cette rare publication. In-8° broché, 75 pages. Originaire de Nangis, ancien officier d'infanterie retiré à Bordeaux en 1762, à la fin de la guerre de Sept Ans, Louis-Claude Leclerc, qui vient de se lancer dans la carrière des lettres, a l'idée de fonder un journal afin d'exciter l'émulation dans la province et de développer les talents qui s'y cachent (rappelons que, depuis août 1758, les frères Labottière publient chaque semaine les Annonces, affiches et avis divers). Le dieu Mercure étant déjà « occupé à Paris » (L'Iris, févr. 1763, p. 108), c'est sous l'invocation de la déesse Iris (cette autre messagère des dieux) qu'il place son périodique, dédié au maréchal duc de Richelieu, gouverneur de Guienne, et qui doit devenir « le dépôt des richesses littéraires » (Prospectus) et des « productions savantes » de la province (Avis, févr. 1763). Dès sa première livraison, composée de trois feuilles d'impression, Leclerc promet une feuille supplémentaire si le public le seconde. Et il sollicite le concours des citoyens de Bordeaux et des principales villes de la région, qu'ils soient « gens à talents » (ibid.) ou « gens instruits en commerce » (janv. 1763, p. 63). Si ceux-ci ne semblent guère avoir répondu à l'appel, ceux-là, au contraire, s'empressent d'apporter leur collaboration : ce sont notamment les membres enseignants du collège de la Magdelaine, situé sur les fossés Saint-Eloi face au libraire Jean Chappuis chez qui se débite précisément le journal. Certes Leclerc reste l'auteur principal (il peut d'ailleurs publier des textes qu'il a antérieurement composés), mais les contributions envoyées ne sont pas négligeables. Particulièrement attentif aux productions locales (littérature, spectacles), Leclerc essaie de ne pas répéter les journalistes de Paris qui ont l'avantage de moissonner les premiers (« on ne peut que glaner après eux », avoue-t-il en juillet 1763, p. 193) et de se livrer à une critique honnête (Mercier qualifiera plus tard L'Iris de « journal le plus poli qui fût en France », Papiers de M. Ducla, cités par L. Béclard, Sébastien Mercier, sa vie, son oeuvre, son temps, Paris, 1903, p. 26) - trop élogieuse même si l'on s'en rapporte à un roman satirique paru en 1763, Zaïde ou la comédienne parvenue (À Mimicopole, 2e partie, p. 112-119) : l'auteur se gausse des éloges décernés aux acteurs et actrices du Théâtre de Bordeaux qu'il juge outrés, en même temps d'ailleurs qu'il se moque de ces « bons articles » comme « l'état des navires mis en coutume ». (mais Leclerc espère par là s'attacher la clientèle commerçante). Et de laisser entendre qu'on trouve plus commode dans la ville d'emprunter le journal que de s'y abonner.En novembre (Avis), de nouveau, il fait part de son inquiétude : à peine les abonnements suffisent-ils à couvrir les frais d'impression. Et, le mois suivant, il est obligé d'abandonner, exprimant le voeu de voir reprendre par un autre sa publication. Elle ne sera reprise que dix ans plus tard, en novembre 1773.