In-octavo relié, bradel moderne, brune, pièce de titre chamois gravée en long, 58 pages. Ce mémoire intervient en réponse de l'opuscule publié chez Favet la même année intitulé "Considérations importantes sur la Délibération de la Municipalité de Marseille, qui oblige les Patrons-Pêcheurs catalans d'entreposer leurs Bateaux dans le Port." signé de Leclerc fils, à l'instigation de Boucanier, patron-pêcheur à Marseille qui reprochait aux catalans de s'être installé durablement dans les bâtisses de l'ancien lazaret du port depuis 1721, alors que cette faveur ne leur avait été accordée que ponctuellement à l'occasion de la grande peste. Le dénommé. Boucanier qui avait acquis du gouvernement en 1781 lesdites bâtisses s'était depuis longtemps déclaré le patron et défenseur de ses nombreux locataires catalans. Il entendait surtout de façon plus souterraine à toucher les loyers qu il percevait pour cette location. Or la ville entendait statuer, elle, soit sur un caractère provisoire d'installation qui s'était indument prolongée, soit sur une restitution des anciens lazarets à l'espace publis. En 1790, Le conflit entre les deux communautés fut porté devant la Constituante qui statua en faveur des prud'hommes marseillais : La Municipalité de Marseille a mérité par sa conduite dans la Révolution, la reconnaissance du Peuple et le Suffrage des Corps administratifs ; mais le patriotisme n'est pas toujours exempt d'erreurs ; & le Sieur Boucanier, en admirant le civisme de cette Municipalité, ne peut s'empêcher de réclamer contre une de ses délibérations, qui sans nécessité pour le salut public et sans avantage pour l'intérêt National, lui enlève l'usage de sa propriété et que la nature semble avoir désigné pour être la retraite des pêcheurs, qui fut achetée au Gouvernement à cette condition, et où fleurissait paisiblement la Colonie des Pêcheurs Catalans, créée par cinquante ans de travaux et qu'un décret de l'Assemblée Nationale venait d'attacher à jamais sur la terre des Phocéens. Aujourd'hui, la plage des catalans à Marseille près des vestiges de l'ancien lazaret est l'un des lieux de baignades favoris des citadins. - - - - Plus tard, à la mort de Boucanier François Inguadia trouvera un terrain d'entente satisfaisant les deux partis en rachetant les murs de la vielle infirmerie et inaugurera une nouvelle page de la longue histoire commune des catalans et des marseillais. Procédant à une véritable dilatation de l'espace de la pêche marseillaise, les Catalans acquièrent une importance centrale dans la fourniture des halles et des poissonneries. Cette centralité apparaît paradoxale si l'on s'en tient aux lieux communs maintes fois véhiculés par la littérature du XIXe siècle, présentant cette population comme marginalisée par son installation en dehors des murs, dans l'enceinte des Vieilles-Infirmeries. Repérable par la progressive installation des familles étrangères dans le quartier de Rive-Neuve, l'intégration catalane ne peut se comprendre sans une réflexion sur les clivages sociaux qui traversent la pêche marseillaise au XVIIIe siècle. En se subordonnant une partie des patrons marseillais les plus pauvres qu'ils réduisent à un rôle de simples pourvoyeurs d'appâts, les palangriers catalans répondent du même coup aux exigences des consommateurs les plus fortunés de la ville, amateurs de «?beaux et bons poissons?». Au-delà des conflits qui les opposent aux responsables de la prud'homie, les Espagnols, étrangers venus travailler chez l'autre, ont donc réussi à nouer des liens de solidarité multiformes avec leur communauté d'accueil provençale.