Grand et fort in-8° relié demi-chagrin chamois clair de l'époque, 564 pp. Plats conservés. Exemplaire d'Anaïs Ségalas. - Anne Caroline Menard, dite Anaïs Ségalas, née dans l'ancien 6e arrondissement de Paris le 24 septembre 1811 et morte à Paris le 31 août 1893, est une dramaturge, poétesse et romancière française. En 1829, La Psyché publia ses premiers essais. Le 3 février 1831 paraît dans La Gazette littéraire, « Les Algériennes », sorte d'épopée lyrique sur les campagnes françaises en Afrique du Nord, qui apporte la célébrité à Anaïs Ségalas. Instruite par sa mère de ce qu'est l'esclavage, elle y écrit son émotion, tout en restant dans les limites du politiquement correct de l'époque. Comme beaucoup d'intellectuelles de sa génération, Anaïs Ségalas s'engagea dans les mouvements féministes et utilisa sa plume pour décrire la condition des femmes au XIXe siècle. Catholique fervente, elle encensa les qualités dites féminines, avec parfois un certain mysticisme, et encouragea les femmes à utiliser leur rôle de mère et d'épouse pour l'édification et l'amélioration de la société. Selon elle, la littérature devait avoir une visée morale et didactique, afin de dénoncer toutes les formes d'oppression et d'injustice. En 1847, elle travaille à la rédaction de La Femme quand surviennent les premières manifestations révolutionnaires. Anaïs Ségalas s'implique fortement dans les mouvements sociaux de 1848, collaborant au Journal des femmes fondé par Fanny Richaume, journal chrétien modéré appelant aux droits civiques et à l'éducation pour les femmes. Fin février 1848, Anaïs Ségalas assiste aux réunions de la Société de la voix des femmes, club organisé par Eugénie Niboyet, avec laquelle elle avait collaboré à La Gazette des femmes qu'elle avait fondée en 1836. L'équipe rédactionnelle, dont Anaïs Ségalas, avait ouvert les colonnes de la Gazette à un « courrier des lectrices » qui obtint un succès inattendu, envahissant la publication de propositions « révolutionnaires », ou du moins réformatrices et radicales, comme l'octroi de droits civiques et sociaux égaux à ceux des hommes, le rétablissement du divorce, une plus juste rémunération du travail. Anais Ségalas a été impliquée également dans d'autres groupements, dont le but était d'organiser des centres d'éducation et d'emploi coopératif pour des femmes. Le journal intime tenu par sa fille Bertile rapporte les difficultés que connut sa famille durant la période qui va de juillet 1870 à juin 1871 vécue à Paris. Anaïs Ségalas restera plusieurs années sans produire de texte jusqu'en mai 1875 où les éditions Dentu publient La Vie de feu, roman social que l'on peut qualifié de « noir », celui d'une prostituée et de son compagnon de débauche, finalement ruinés et qui finissent par se suicider. La critique ne comprend pas comment l'autrice « a pu commettre une telle inconvenance ». En mai 1878, Dentu publie d'elle Les Mariages dangereux, quatre nouvelles abordant la chasse à la fiancée et la vie de couple, le tout visant à moraliser les relations des sexes et qu'il faut des époux assortis pour faire un bon mariage. L'expression de ce moralisme assura à Ségalas d'être longtemps présente dans les manuels scolaires. Le mois de mai 1885 resta dans l'histoire d'Anaïs Ségalas comme celui de la publication d'une de ses oeuvres maîtresses : Récits des Antilles, texte en prose accompagné d'un récit, « Le Bois de la Soufrière » et un choix de poèmes. Cette publication, rééditée plusieurs fois, servit de témoignage aux enseignants souhaitant faire connaître des textes sur le colonialisme. Le choix des poèmes montre l'ambiguïté dans laquelle se trouve Anaïs Ségalas, à la fois citoyenne française et enfant de créole. Elle fait preuve de beaucoup de pessimisme pour le devenir de l'égalité entre Blancs et Noirs.