In-4° broché, 4 pages. L'hospice des Quinze-Vingts a été fondé vers 1260 par saint Louis sans que l'on connaisse le détail et l'époque précise de cette fondation. Il était alors situé rue Saint-Honoré au coin de la rue Saint-Nicaise1, sur une pièce de terre appelée « Champourri »2. Le nom de Quinze-Vingts veut dire trois cents (15 × 20 = 300) dans le système de numération vicésimal et, de fait, l'hospice comprenait trois cents lits. Le but était de recueillir les pauvres aveugles de Paris, des deux sexes, qui étaient fort en détresse. « Aussi li benoiez roys fit acheter une piece de terre de les Saint-Ennouré, où il fist fere une grant mansion porce que les poures avugles demorassent ilecques perpetuellement jusques à trois cents ; et ont tous les ans de la borse du roy, pour potages et autres choses, rentes. En laquelle méson est une église que il fist fere en l'eneur de saint Remi, pour que lesditzs avugles oients ilecques le service Dieu. » Cette création a conduit directement à la fondation d'autres maisons d'aveugles, mais à l'initiative de bourgeois de la ville, comme l'hospice des Six-Vingts de Chartres ou celle de l'hôpital Jean-Rose de Meaux. Louis IX aurait fait bâtir cette maison pour porter secours à 300 chevaliers faits prisonniers par les Sarrasins durant la septième croisade, et qui eurent les yeux crevés avant d'être libérés. Toutefois Jean de Joinville n'en parle pas, et aucune source de l'époque ne l'atteste. Selon l'historien des Quinze-Vingts, Léon Le Grand, il s'agirait d'une légende apparue au xvie siècle. Le pape Clément IV recommanda cette institution aux prélats dans une bulle datée de 1265, en les invitant à apporter leurs dons 2. En effet, en contrepartie de leurs privilèges (hébergement, nourriture et habillement), les pensionnaires des Quinze-Vingts devaient prier pour la famille royale, les bienfaiteurs et donateurs de l'hospice. Il s'agit d'une économie de don, basée sur l'échange (don et contre-don), la foi et la confiance. Le travail des pensionnaires est de prier pour les donateurs qui obtiennent en retour le salut de leurs âmes. La gestion de l'établissement semble toutefois avoir laissé à désirer : « Je ne sais trop pourquoi le roi a réuni dans une maison trois cents aveugles, qui s'en vont par troupes dans les rues de Paris, et qui, pendant que le jour dure, ne cessent de braire. Ils se heurtent les uns contre les autres, et se font de fortes contusions ; car personne ne les conduit. Si le feu prend à la maison, il ne faut pas en douter, la communauté sera entièrement brûlée, et le roi obligé de la reconstruire à de nouveaux frais. » En 1779, sous le règne de Louis XVI, le cardinal de Rohan fit transférer l'établissement rue de Charenton, dans le faubourg Saint-Antoine. Par lettres patentes du 16 décembre 1779, le roi ordonne la création de plusieurs rues à l'emplacement de l'ancien hôpital des Quinze-Vingts : rue de Beaujolais-Saint-Honoré, rue de Chartres-Saint-Honoré, rue de Montpensier-Saint-Honoré, rue des Quinze-Vingts, rue de Rohan, rue de Valois-Saint-Honoré8. Toutes ces rues, à l'exception de la rue de Rohan, ont été supprimées lors du prolongement de la rue de Rivoli et l'achèvement du palais du Louvre dans les années 1850. L'hôpital est aménagé dans l'ancienne caserne des Mousquetaires-Noirs, qui avaient été supprimés en 1775. Le cardinal de Rohan modifia le système d'administration et porta le nombre d'aveugles à huit cents.