Magnifique exemplaire de mémoire pour le C.E.S. de psychiatrie. Marc Valleur est devenu ensuite l'un des plus éminent spécialiste des addictions en France, drogue, jeux, pornographie et alcool. Donnons un extrait d'un entretien "MV : Olievenstein disait : « La toxicomanie, c'est la rencontre entre un produit, une personnalité et un moment social-culturel. » Et c'est dans ce schéma « trivarié » que la plupart des recherches s'inscrivent, y compris en Amérique du Nord. On voit bien la complexité de ce problème. Mais pour former ce triangle, il faut bien qu'il y ait ce produit. Ce qui pose la question des conduites et des addictions sans drogue. Je suis persuadé que le travail sur les addictions sans drogue, et notamment sur le jeu pathologique qui est reconnu comme un problème de santé publique dans la plupart des pays aujourd'hui va être dans un premier temps un pur décalque des discours sur l'alcoolisme et la toxicomanie. On transposera sur des conduites des élaborations cliniques et théoriques qui ont été faites à partir de substances chimiques. Mais je pense que dans un deuxième temps, il y aura des effets de retour, et on commence à en percevoir un certain nombre ; le travail sur les addictions sans drogue va contribuer à faire évoluer le regard sur les addictions avec drogue. Déjà aujourd'hui, je pense qu'on est dans une période où plus personne ne parlerait de drogue sans mettre beaucoup de guillemets, et que c'est la première critique qu'on pourrait faire à Marmottan et à l'Olievenstein des années 1970 : tenir un discours très ouvert, compassionnel envers les toxicomanes, très peu jugeant, très subversif, mais qui restait très dramatisant. C'est seulement peu à peu que l'on a commencé à dire qu'il y a un plaisir réel dans la drogue, qu'il y a des usagers récréatifs qu'il ne faut pas considérer comme des malades, avancées progressives vers l'idée que des gens pouvaient utiliser des drogues, que cela pouvait être positif, que ce n'était pas automatiquement une maladie, etc. On était donc parti de cette vision très « monovariée », très « toxique », de la drogue comme cause du problème, vision qui est coexistante de celle que l'addiction est une maladie, tout comme l'alcoolisme et la toxicomanie. L'idée de l'intoxication est la première qui soit venue aux médecins. C'est Benjamin Rush en 1784, dans son essai sur les spiritueux sur le corps et l'âme, qui construit le premier grand modèle scientifique de l'addiction maladie : modèle « monovarié » dans lequel c'est la concentration en esprit ardent des substances qui fait la gravité de la maladie. On ne connaît pas encore l'alcool à l'époque, on ne sait pas qu'il y a une substance qui est la même dans ces boissons, et il classe les boissons en fonction de leurs effets dans son fameux thermomètre de l'intempérance : on part de l'eau, ensuite viennent la bière, le vin, et puis, entre le punch léger et le punch fort, on passe de la tempérance à l'intempérance avec des conséquences terribles, et même dramatiques quand on en arrive au rhum. Donc on voit bien qu'on est dans une construction toxique, où la substance est seule cause du problème. La critique qu'on pourrait donc faire du premier Marmottan, c'est, tout en démystifiant la drogue, d'avoir grandement utilisé cet aspect sulfureux, mystérieux, diabolique de la drogue comme support d'un pacte médiatico-politique. Nous avons été vécus comme des combattants de la drogue, et le prestige d'Olievenstein était un peu le reflet de la puissance de la drogue, tout comme celui de Schwartzenberg, combattant du cancer, avec cette impression qu'il y avait un adversaire tellement puissant que, pour se battre contre lui, il fallait forcément être quelqu'un de bien.