[Claude Hertenberger] Paul Vialar, le bouc étourdi, les bibliophiles de France 1951 Livre rare, édité a 135 exemplaires. "Je dédie cette histoire, écrite pour eux, à tous mes amis des Maures. Mais je les supplie de n'y voir qu'une fiction, de n'y trouver d'allusion à personne de vivant ou de mort qu'ils aient pu connaitre ou côtoient encore; pas plus que je n'ai peint, dans ce récit, des fonctionnaires, des gendarmes, des résistants, des nobles ou des garde-chasse qui aient réellement existé. Seul le cadre (les torrents, les collines, la montagne, la chartreuse) est réel et j'espère avoir dit sa grâce, sa grandeur, ses couleurs, ses odeurs, sa claire beauté et contribué ainsi à faire un peu mieux connaitre ce pays où je vis. L'histoire que je conte en est la raison. C'est pourquoi je l'ai voulue toute simple et humaine: une histoire d'amour. Et je serais heureux aussi qu'on n'en veuille pas de son inconscience, de sa crédulité, de sa folie, à Sylvain, ce jeune måle étourdi de liberté. Il avait gardé et il doit à cela sa faillite - une âme d'enfant dans une société malheureusement composée encore de pas mal de vieillards (il y en a de tous les âges comme il y a de vieux hommes qui seront toujours jeunes) timorés, amers, blasés, prisonniers et à l'échine assouplie par trop d'accep- tations. Comment alors, même si le comportement de Sylvain fait un peu craquer le cadre de notre morale «préfabriquée», en vouloir à ce garçon - puisqu'il l'a fait avec pureté d'avoir eu trop d'orgueil et d'avoir trop aimé la liberté? Nous ne la trouverons peut-être bientôt plus, sans frein et sans brides, que dans les histoires que nous nous raconterons à nous-mêmes.