In-4° broché Joseph-Dominique Louis est le fils d'un avocat au Parlement de Metz, qui fera son chemin dans l'ombre de Talleyrand en profitant des opportunités que la Révolution offrait aux ambitieux. Né en 1755 à Toul, il commence par être séminariste, devient diacre et sert la messe célébrée par l'évêque d'Autun à la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, ce qui lui vaut d'être d'abord appelé l'«abbé Louis». Comme Talleyrand, il est plus tard excommunié pour avoir signé la Constitution civile du clergé. Sous la Révolution, sa carrière connaît les hauts et les bas de son mentor. On le trouve un jour représentant de la France au Danemark, puis en exil à Londres après la chute de la monarchie. Il rentre d'Angleterre après l'accession de Bonaparte au Consulat. À Paris, il retrouve Talleyrand, qui s'est lui-même établi aux États-Unis pendant la Terreur. L'Empire le voit entamer une carrière de haut fonctionnaire dans le sillage de Talleyrand, d'abord dans les services de la Légion d'Honneur puis au ministère des Finances et au Conseil d'État, en qualité de maître des requêtes. Ses aptitudes en matière financière valent à Joseph-Dominique Louis d'être réclamé par le gouvernement napolitain mais Napoléon refuse de le laisser partir : «Quel est donc cet homme pour lequel tout le monde demande et qui, lui, ne demande rien ?». Il le nomme baron d'Empire en 1809. La chute de l'Empire et la Restauration lui permettent de donner toute sa mesure : le 1er avril 1815, Talleyrand, devenu chef du gouvernement provisoire, le nomme ministre des Finances. Il est confirmé à ce poste par le roi Louis XVIII et va l'occuper par intermittence à cinq reprises. Par ailleurs député, il fait des passages dans l'opposition parlementaire lorsqu'adviennent les gouvernements ultra-royalistes et réactionnaires de Villèle et Polignac. Sa dernière nomination intervient dans le gouvernement Casimir Périer, sous le règne de Louis-Philippe 1er, après qu'il ait contribué à la chute de Charles X. Sa longévité dans la fonction, comparable à celle de son lointain successeur Valéry Giscard d'Estaing, lui a permis d'imprimer sa marque sur le ministère des Finances. Le baron Louis appartient, comme VGE, à l'espèce des conservateurs intelligents, nul ne s'attendant d'ailleurs à ce qu'un collaborateur de longue date de Talleyrand fût borné. Son credo est le sérieux dans la gestion des finances publiques, afin de restaurer le crédit de l'État bien entamé par la période révolutionnaire et la banqueroute des deux-tiers qui avait suivi l'expérience des assignats. En 1815, pour faire des économies budgétaires et épargner au pays une nouvelle banqueroute, il n'hésite pas à démobiliser une grande partie de l'armée impériale qu'il met en «demi-solde». Il rembourse rubis sur l'ongle les dettes du régime précédent en expliquant que «l'État doit être le plus honnête homme de France», ce qui n'allait pas de soi à l'époque, quitte à souscrire dans ce but de nouveaux emprunts publics selon une pratique désormais institutionnalisée.